Basse-Meuse : le ras le bol des policiers

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Comme partout dans le pays, les policiers, vos policiers, de la zone Basse-Meuse en ont ras le bol des mesures prises ou annoncées par ceux qui nous gouvernent (NDLR pas toujours "en bon père de famille" hélas). Suite à la fusion de la Gendarmerie et de la Police, ils sont nombreux parmi eux à ne plus "s'y retrouver". Toujours plus de missions, toujours plus d'heures à prester, toujours plus de polyvalence, toujours moins de considération, tant de la part du public que des autorités du pays et parfois même de leurs chefs. Rabotage des droits acquis, sous le fallacieux prétexte de faire des économies! La coupe est pleine, il et temps que cela cesse. De plus, une certaine presse - soit manipulée, soit qui n'a manifestement RIEN compris - résume leurs revendications légitimes à une affaire de "congés de maladie".

Ce soir, ils étaient une bonne soixantaine, tant des membres de la zone que d'autres services à s'être réunis dans la cour du château d'Oupeye.

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L'inspecteur Demarche a expliqué la démarche des policiers aux membres du Conseil. Le commissaire divisionnaire Lambert, chef de zone, a assuré les policiers de son soutien, expliquant que la situation actuelle était particulièrement préoccupante. Un exemplaire de la lettre de doléances et de revendications (nous en publions l'intégralité ci-dessous) a été remis à chacun des membres du Conseil. Le Président, Josly Piette (actuellement bourgmestre de Bassenge) a promis aux participants de faire suivre le courrier aux autorités en charge de la police.

"Mesdames, Messieurs les Bourgmestres,

Monsieur le Président du collège de police,

Monsieur le Chef de zone,

 

Vous n’êtes pas sans savoir que depuis quelques semaines maintenant, un rassemblement non-syndical de plusieurs milliers de policiers est né sur les réseaux sociaux, et plus précisément sur facebook. Ce groupe n’a cessé de s’étoffer pour atteindre en quelques jours à peine, plus de 20000 membres. La majorité de ces membres sont des policiers, de tous grades et fonctions confondus mais dont l’aspiration commune est d’exprimer leur ras-le bol.

 

Ce ras le bol n’est pas apparu du jour au lendemain. Il est le fruit d’une montée de la violence à l’encontre de notre corps professionnel et d’un long processus de détricotage de notre statut.

Mais plus que cela, il est aussi dû à une forme de mépris à l’encontre de notre métier tantôt exprimé par une part de la population, tantôt par les responsables politiques au niveau fédéral.

 

Les tensions politiques et sociales qui sont actuellement à l’oeuvre dans notre pays nous impactent au premier degré. Dans cette époque d’agitation sociale, nous (la police dans son ensemble) sommes les premiers garants de la sauvegarde des institutions et de la pérennité de l’Etat de droit.

 

Rassurez-vous, nous ne tomberons pas dans le piège et la polémique de cette expression facile et que l’on nous jette régulièrement à la figure: « Mais vous êtes payés pour cela! »

Vos policiers se sont engagés, vous pouvez en être certain, par conviction. Nous sommes persuadés que notre métier, nos actes quotidiens oeuvrent à la sauvegarde et au renforcement d’une société plus humaine et plus sûre pour tous.

 

Si notre présent courrier,et la « colère » qui y est exprimée, ne vous sont pas destinés, le personnel de la ZP Basse-Meuse mesurant parfaitement les efforts et investissements développés pour le bien-être du personnel et de sa sécurité, nous tenons à rappeler au monde politique, à travers vous, qu’une grande majorité, sinon l’ensemble de nos blessés sont silencieux et que nos morts sont eux, encore plus discrets.

Nous profitons également de ce courrier qui vous est adressé pour vous remercier, monsieur le Président, pour les mots de réconfort et de soutien qui ont été chaleureusement exprimés lors de nos fastes du début du mois d’octobre.

 

Nous ne vous ferons pas l’affront de vous rappeler, encore moins de le faire à notre cher ministre de tutelle, les tragiques événements qui ont marqué l’ensemble du corps de police ces derniers mois.

Des collègues nous ont quitté à jamais. Certains étaient des amis, des proches. D’autres ont été blessés dans leur chair et dans leur âme. Leur entourage, trop heureux de ne pas avoir reçu la croix du mérite à titre posthume, comme pour nos chers disparus, peine à se remettre du traumatisme que cela représente.

Nous ne ferons pas plus une liste exhaustive des contraintes professionnelles qui sont les nôtres, nous savons que vous les connaissez.

C’est notre job. Il est pénible, parfois effrayant, souvent éprouvant et dans certains cas, mortel.

Mais nous en sommes fiers!

 

Nous avons embrassé cette profession il y a longtemps pour certains, il y a peu pour d’autres, mais toujours avec la même volonté de servir, de protéger et de défendre les valeurs démocratiques.

Aujourd’hui pourtant, nous sommes poignardés dans le dos, systématiquement, méthodiquement, consciencieusement et INEXPLICABLEMENT.

Comment monsieur le ministre de l’intérieur justifie t-il auprès de nos syndicats qu’il soit nécessaire à ce point de « saigner » le statut des policiers? Sur quelle base et au nom de quel impératif financier ou de sombre enveloppe fermée parle-t-on quand on supprime les primes ou rallonge la durée de la carrière?

 

Nos avantages sont plus à classer dans une sorte de croyance populaire plus qu’une réalité.

Nos « heures » payées en supplément pour les nuits, les week-ends, les jours fériés, les réveillons, passés à travailler, le sont en simple compensation pour les inconvénients qu’ils représentent.

 

Nos jours de congé ne sont pas une largesse mais une nécessité pour réussir à s’aménager un minimum de vie privée et obtenir un repos suffisant pour récupérer tant au niveau du corps mais aussi et souvent plus de l’esprit, et ainsi rester le plus longtemps possible opérationnel.

 

Les jours de maladie sont une donnée indispensable à protéger. Le taux de suicide est élevé dans la profession et la fatigue psychologique (épuisement/burn-out) est majeure. De plus le risque de se faire trouer la peau d’une balle (de guerre?) est chaque jour plus important. Considérer que 30 jours de maladie par an c’est trop et que cumuler les jours non pris est injuste par rapport au reste de la fonction publique est un raccourci infâme qui laisse entrevoir, si besoin était, comme notre ministre connait mal notre métier.

 

Le départ anticipé à la pension à 56 ou 58 ans est d’ores et déjà à mettre au passé puisqu’il a été estimé qu’un policier pouvait travailler bien au delà de 60 ans. Nous sommes d’ailleurs intéressés de voir comment le fédéral va vous aider à trouver un aussi grand nombre d’emplois adaptés lorsque le personnel zonal vieillissant aura atteint, dans une large proportion, l’âge clé des + de 60 ans. Nous ne serons sans doute plus tous là pour le vivre.

 

Mais voyez vous, mesdames, messieurs,

Après avoir encaissé sans broncher, accepté de déroger plus d’une fois à notre statut, après avoir rogné sur nos jours de repos, de congé pour sécuriser la prison de Lantin, pour assurer la protection des citoyens de nos villes suite aux divers attentats, Après avoir reçu un ènième tweet ministériel compatissant pour un(e) de nos collègues et frère (soeur) d’arme tombé(e) au combat, froidement abattu(e), assassiné(e), Après une nouvelle claque dans le dos accompagnée des mots : « C’est intolérable de s’en prendre à notre police, on va changer les choses, on va agir! »,

Après tout cela et plus encore, la réponse est arrivée de notre bienveillante autorité:

 

« Monsieur Jan Jambon ne comprend pas le mécontentement policier »

 

Ce sont ses mots, prononcés à la chambre en ce mois d’octobre 2018 lorsqu’il a été interpellé par plusieurs députés de l’opposition.

 

Nous ne souhaitons pas prendre la population en otage. Notre engagement et notre professionnalisme sont réels et nous ne voulons pas nous tromper de cible. Ce n’est ni le citoyen, ni vous, membres du collège de police et notre autorité directe qui êtes la cible de notre mécontentement. Nous souhaitons rester dignes de notre uniforme mais chaque policier est un être humain méritant le respect.

Nous le redisons, hélas, les politiques menées par le gouvernement fédéral ne vont pas dans le sens de la reconnaissance de ce respect, que du contraire.

Notre boulot est de plus en plus difficile et pourtant, nous ne ressentons qu’une seule chose de notre autorité de tutelle, c’est qu’elle s’obstine à la rendre plus précaire et difficile encore.

 

Il est urgent aujourd’hui que notre message soit entendu. Il est impératif que le gouvernement prenne ses responsabilités et agisse autrement qu’en brandissant des monticules de réquisitions.

Car oui, notre fonction est spécifique. Nous ne pouvons pas, nous, bloquer comme les bagagistes d’Avia-Partner des centaines d’avions au sol et faire perdre ainsi des dizaines de milliers d’euros aux compagnies et aéroports.

Non, nous, lorsqu’on veut se mettre en grève, on peut mais à condition que cela ne préjudicie pas la communauté. C’est pour cela qu’une grève chez nous ne servirait quasi à rien. C’est pour cela que notre statut est spécifique et que monsieur le ministre devrait s’en souvenir.

 

Notre statut... unique. Il l’est tellement à plus d’un titre. Nous policiers sommes soumis à certaines restrictions, interdictions dans nos vies privées, limitations que d’autres métiers du secteur public ou privé n’ont pas. Nous sommes plus sévèrement punis par la loi et lorsque nous faisons usage de la « contrainte » et qu’il en résulte chez un tiers des blessures ou un décès, nous sommes privés de notre liberté le temps de l’enquête, alors que pourtant, nous effectuons un des aspects du travail de protection pour lequel on nous forme.

Les joueurs d’échec diraient que nous, policiers, nous jouons les « noirs » car nous n’avons jamais l’initiative sur nos agresseurs. Nous exposons nos vies, notre intégrité physique et morale, pour faire respecter la loi et l’ordre. Nous avons droit à deux lignes dans un discours lorsque nous mourrons au champs d’honneur mais nous faisons les gros titres durant des semaines, des mois quand l’un des nôtres est accusé de « vio- lences policières » ou « d’abus de pouvoir ».

 

Mais au delà de ses préoccupations politiciennes, cette situation nous est maintenant devenue inexplicable par rapport à nos investissements et aux risques pris quotidiennement. Ce message est donc l’expression de notre malaise profond. Celui d’une police, de votre police, qui va mal.

 

Nous vous demandons, mesdames, messieurs, votre soutien, sincère, réel, afin de relayer ce malaise vers les instances supérieures, celles-là même qui se permettent de jouer avec nos vies, notre avenir, comme on joue avec des marionnettes.

 

Notre volonté n’est pas d’aller au conflit. Notre volonté est de nous faire entendre. Nous ne voulons pas qu’on minimise sans cesse nos maux. Nous ne voulons plus entendre répondre le gouvernement à côté de la plaque. Nous voulons des garanties. Nous voulons pouvoir sereinement nous concentrer sur notre travail et nos missions sans avoir à nous angoisser sur nos acquis sociaux, notre fin de carrière, notre pouvoir d’achat.

 

Et donc, en conclusion, et bien qu’annoncée comme non-syndicale, nous revendiquons  avec fermeté les points suivants:

 

1 - Que le gouvernement cesse immédiatement le détricotage de notre statut professionnel.

2 - Que l’âge de la pension soit rétabli selon les règles statutaires établies à la réforme.

A défaut de voir cela possible, prolonger la NAPAP* comme pour la Défense.

3 - Que les auteurs de faits de violences commis envers les membres des forces de l’ordre écopent de peines lourdes et exemplaires, sans réduction de peine.

4 - Que la justice reprenne ses droits et pose des actes forts pour la sécurité de nos citoyens.

5 - Que le recrutement à la police soit optimisé, plus rapide et de qualité pour palier enfin au manque d’effectif global.

6 - Que le statut soit unique et identique pour les membres des forces de l’ordre présents ou à venir.

7 - Que les locaux de travail et le matériel mis à disposition soient en adéquation avec les tâches imposées.

8 - Que des moyens soient mis en place pour la sécurisation de tous les postes de police du Royaume.

 

Nous vous remercions à nouveau pour le travail qui a déjà été effectué jusqu’ici avec nous et pour le respect qui, au niveau local existe encore avec les mandataires politiques et sa police, mais nous réitérons notre souhait de voir nos mots rapportés au plus niveau de pouvoir du pays afin que ce cri, qui n’est pas près de s’éteindre soit entendu. Nos espoirs sont entre vos mains.

 

Mesdames, Messieurs, Monsieur le Président du collège, Monsieur le Chef de corps,

Merci à tous pour votre temps et votre compréhension.

 

Votre corps de la police locale de la Basse-Meuse.

La "manifestation" s'est déroulée dans le calme, avec un respect mutuel total. Il n'y a eu aucun incident. Les policiers se sont ensuite retirés en bon ordre, avec le sentiment d'avoir été entendus par leurs autorités locales.

* NAPAP : Non Activité Préalable A la Pension

(P. Neufcour)

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