Visé honore ses mineurs et ses résistants.

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Tout à l'heure, vers 18.00 Hr, en présence de Cherattois et d'anciens ouvriers de  la mine, les autorités communales ont honoré la mémoire des anciens mineurs et des résistants de l'entité en déposant une gerbe de fleurs au pied de la "Belle Fleur", la tour symbolique d'aération et d'extraction de déblais de l'ancien charbonnage du Hazard. Après avoir évoqué le labeur pénible de ces hommes de toute nationalité qui avaient fait vivre et prospérer, souvent au dépens de leur vie ou de leur santé, le village de Cheratte, les orateurs évoquérent un fait de la résistance.

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C'est principalement Francis Theunissen qui s'est fait le héraut de cet acte de bravoure qui vit des Cherattois se mettre en "vedette" 

Le 1er mai 1944, quatre résistants, Jacques Dortu, Gérard Spits, Noël Gillon et Marcel Levaux parvinrent à se hisser au dessus de la tour d'extraction et à y faire flotter le drapeau belge et un drapeau russe de fabrication artisanale. Pourquoi un drapeau russe me direz-vous? Eh bien simplement en hommage aux prisonniers russes parqués dans des baraquements, exploités dans la mine et traités moins bien que des animaux par les Teutons qui occupaient notre pays. Pied de nez à l'ennemi, les drapeaux flottèrent toute la journée car l'accès à la tour avait été piégé.

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Nous voudrions maintenant vous raconter l'histoire d'une autre jeune résistante cherattoise, qui aujourd'hui fête ses 88 ans.

Jeanne Etienne est née à Cheratte le 30 avril 1926. Jeanne, c'est la fille de Jean, Jean "Tatenne" comme était surnommé le boulanger. Son atelier était installé au coin de la Vielle Voie et de la Petite Route, juste en face de la pharmacie.

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Dans la famille, aucune sympathie pour l'occupant. D'autant qu'un proche, Jean Clokers, un ancien de la légion étrangère blessé lors de la bataille de Vaucouleurs, était revenu à la boulangerie et y travaillait comme apprenti. Pour la jeune Jeanne, en 1941, "Jean-Jean", c'était un peu son grand-frère, l'exemple à suivre. Entré dans la résistance dès son retour en Belgique, Jeanne n'eut cesse de vouloir participer aux activités clandestines du légionnaire et du groupe dont il faisait partie. Comme vous voyez, je vous parle d'une résistante de la première heure, pas de quelqu'un qui a attendu que les Américains soient arrivés à Jupille pour se déclarer "grand résistant" et parader ensuite couvert de médailles. Non, chez Jeanne, on faisait son devoir.

Elle commença donc à surveiller les allées et venues de l'ennemi, à transporter des messages, du courrier, des explosifs, des armes même, dissimulés sous les pains qu'elle allait livrer à vélo, puis à prendre en charge des militaires français évadés et à les conduire au "relais suivant", une ferme de Souverain-Wandre.

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 "Jean-Jean", lui, fut pris dans une rafle place St Lambert le 30 mars 1942. Il était en possesion d'une arme, d'explosifs, et des plans de la centrale électrique de Droixhe qu'il était chargé d'aller faire sauter. Jugé et condamné à mort pour "terrorisme", le héros fut fusillé à la Citadelle le 10 avril 1942. Une croix porte son nom à l'Enclos des Fusillés.

Malgré son immense chagrin, tout au long des années de guerre, la jeune fille continua ses actes de bravoure, allant même, à vélo, recueillir des renseignements dans le pays de Herve. C'est qu'elle n'était pas seule : dans son groupe se trouvaient le curé de Housse, le curé de Cheratte, Toussaint Fissette, l'armurier, Thomas Delarue, une autre figure emblématique de Cheratte, "li p'tit Tchâle", Charles Van Belle qui sauta de la voiture de la Gestapo qui le conduisait à la Citadelle, Antoine Etienne, son oncle, garde-champêtre de Saint Remy, Alexandre Clokers, son oncle par alliance et frère du fusillé, etc.. 

A l'issue des hostilités, chez les Etienne, pas question de faire le "Jacques", de se vanter. La vie reprend lentement son cours. Jeanne ne réclama jamais aucune reconnaissance, elle. Beaucoup de vrais résistants non plus d'ailleurs. C'est son chef de réseau, le "commandant" Van Roy, qui s'occupa de la faire reconnaitre résistante armée, elle se vit ainsi attribuer la Médaille commémorative de la guerre 40 - 45 avec sabres croisés, la Médaille de la Résistance, tandis que François Mitterand, alors ministre du Général de Gaule lui octroyait la Médaille de la Reconnaissance Française et la Médaille commémorative de la guerre avec la barrette "Libération." Le "Général" lui écrivit même une lettre personnalisée et signée de sa main, la remerciant pour les services rendus à la France. 

 

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 Ce 30 avril 2014, la seule chose que je veux dire à Jeanne, c'est : "Bon anniversaire Maman, merci pour ce que tu as fait de nous et ce que tu as fait pour nous ! "

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